À travers les années, le phénomène d’immigration a entraîné des réalités de plus en plus difficiles à cerner dans une société. Le visage de l’immigration a changé au fil des ans. Maintenant, plus que jamais, il présente un enjeu important dans le quotidien. Vivre dans une société multiculturelle représente une richesse, quoi de mieux que partager sa culture et d’en connaître davantage sur les autres? Dans un monde idéal, nous serions tous en mesure de se respecter et d’accepter la différence. Malheureusement, ce monde idéal n’est pas le nôtre, bien au contraire.

À moins d’habiter sur la planète Mars, vous avez probablement entendu parler de ce fameux sondage effectué par Léger Marketing le 15 janvier dernier. Celui-ci accuse les québécois d’être racistes, du moins, 60% d’entre eux. Donc, sur dix personnes que vous connaissez, six en sont racistes, c’est bien ça? Si vous avez eu la chance de passer à travers le questionnaire, vous en jugerez ridicule les questions qui y sont proposées et par lesquelles les conclusions ont été tirées. C’est un peu tiré par les cheveux, mais juste assez pour créer des discussions intéressantes à ce sujet. Le racisme, oui il est toujours présent, il ne faut pas se le cacher et oui il est important d’en parler. Il faut par contre faire une distinction entre racisme, xénophobie et discrimination.

Quand on parle de racisme, on parle de haine envers un groupe ethnique différent du nôtre (sans utiliser le terme race, puisqu’aux dernières nouvelles, il n’y a qu’une race humaine). Bref, pour une raison ou pour une autre, certaines personnes auront beaucoup de mépris à l’égard des gens venant de cultures différents, surtout après avoir vécu des évènements, ce qui bien souvent explique ces réactions.

La xénophobie représente une peur de ce qui nous est différent. La xénophobie est sans doute autant présente que le racisme. Les gens se méfient de tout ce qui leur est nouveau ou différent à ce qu’ils sont. Beaucoup ont des préjugés envers les jeunes adolescents, les homosexuels, les personnes ayant des différences physiques ou des troubles mentaux, ou simplement envers des gens qui ont un mode de vie différent du naître. Cette incompréhension d’autrui amène les gens à réagir de certaines façons.

Discrimination. On en a tous déjà vécu, ce ne sont pas seulement les communautés ethniques qui en vivent. Avant de juger qu’on est racistes ou de commencer à affirmer que certaines personnes le sont, il est important de voir la situation dans sa globalité, de faire des comparaisons avant de tirer des conclusions. La discrimination se fait dans plusieurs cadres, dans plusieurs aspects de la société. Bien sûr, elle peut se rapporter au racisme, mais il ne faut pas mélanger les deux notions.

Une jeune femme albanaise, de son nom fictif, Ana, travaille dans un centre d’appel. Selon elle, elle est victime de racisme car les gens qui lui parlent au téléphone lui demandent de parler plus clairement et on de la difficulté à la comprendre. Ils veulent parfois parler à un autre agent. Est-ce du racisme, ou fait-elle seulement face à des gens impatiens, incompréhensibles qui au lieu de faire un effort pour aller au même rythme qu’elle et de démontrer de l’empathie envers l’effort qu’elle fait à parler français, ne font que passer des commentaires désagréables?

Il est certain que dans une société multiethnique comme la nôtre l’adaptation soit difficile. Nous ne parlons pas de l’intégration de ces immigrants, mais de l’adaptation de la société d’accueil face aux diverses communautées présentes au Québec. Si les gens au départ sont mal informés, il est certain qu’ils auront des préjugés à l’égard des autres. L’important est de préparer la société à mieux vivre ensemble, à mieux vivre cette différence qui est présente. Cette différence est une richesse, il ne faut plus regarder les problèmes qu’elle peut engendrer mais penser aux aspects positifs qu’elle amène dans une société.

Oui, certains peuvent avoir beaucoup de difficulté à apprendre à vivre dans cette différence. Il ne faut pas les pointer du doigt. Il n’est certainement pas facile pour tous de changer de vision du jour au lendemain. Si ces gens ne sont pas habitués de se retrouver parmi des communautés ethniques différentes, et que du jour au lendemain ils sont confrontés à vivre parmi eux, il est fort probable qu’il y aura une réticence de leur part.

L’essentiel, c’est d’être au courant de ce qui se passe autour de soi avant de porter un jugement. C’est de faire l’effort de comprendre nos sentiments par rapport à certains groupes ethniques. Se demander pourquoi est-ce que ça pourrait bien nous déranger. Il faut aussi se mettre à la place de ces gens. Bien souvent, ils quittent leur pays pour avoir une vie meilleure. Pour comprendre ce qu’ils sont, comprendre leurs actions, il faut comprendre d’où ils viennent. Si ils ont des traits culturels de la sorte, c’est bien pour une raison. La compréhension, l’empathie peuvent ouvrir des portes à la découverte des autres, et à la découverte de soi.

Il ne faut pas oublier qu’ immigrer dans un autre pays ne nécessite pas de laisser sa culture, ses valeurs et son mode de vie. Ces gens traversent la planète pour avoir une vie meilleure, ils se doivent de garder leur identité, tout en acceptant de s’apparanter d’une autre vie. Ce n’est pas si simple de tout laisser de côté et s’adapter à une nouvelle société. Sans tout de suite embarquer dans les fameux débat sur l’accomodement raisonnable, il est important de mentionner que pour faciliter l’ intégration des immigrants, il faut qu’ils aient le droit à leur culture, leurs valeurs et leur coutume, dans la mesure du raisonnable. Venir s’installer dans un monde où il y aura préjugé, racisme et discrimination, ne va certainement pas les inciter à encourrager le processus d’intégration. Mais comment mesurer ce qui est raisonnable? Là est la question.

Il faut se questionner face à nos sentiments par rapport à la différence. Il est normal de ressentir des frustrations par rapport à d’autres. Si ces autres se trouvent à être des gens d’une autre communauté, ça ne veut pas nécessairement dire qu’on est racistes. Pensez-y bien!

par Mireille Hajjar